Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Focus sur : "The Handmaiden" de Park Chan-wook

Dans la Corée des années 1930, alors en pleine colonisation japonaise, Hideko, une riche héritière vivant seule dans un manoir isolé, accueille Sookee, sa nouvelle femme de chambre sur les recommandations du Comte Fujiwara. Mais ni la servante ni le Comte ne sont pas ce qu’ils prétendent être…

De “Thérèse Raquin”, Park Chan-wook en avait tiré “Thirst” en 2009, un film de vampires cruel et sensuel, à la fois à mille lieues et pourtant tout à fait proche du roman de Zola.

Cette année à Cannes, le cinéaste coréen a présenté son dernier film, “The Handmaiden”, une nouvelle adaptation littéraire - celle du roman “Du bout des doigts” de la britannique Sarah Waters, une intrigue policière autour d’une escroquerie, de trahisons et de saphisme. Transposé dans la Corée des années 1930, le récit nous plonge dans un univers à la perversion raffinée et à l’humour sadique.

Découpé en plusieurs chapitres, Park Chan-wook s’attarde d’abord sur l’histoire vue par Sookee, la pickpocket reconvertie en servante, pour ensuite dévoiler la même histoire - ou presque, cette fois-ci du point de vue de l’héritière Hideko. L’intrigue s’enroule puis se déroule autour d’un habile jeu de miroirs entre les deux femmes : sous le masque des apparences, rien ne semble être sûr et établi. A la manière de “Un jour avec, un jour sans” d’Hong Sang-soo, les scènes se suivent et se ressemblent, mais prennent alors une autre signification lorsque l’on bascule dans les yeux de l’autre. Scénaristiquement intrigante, la répétition s’avère également humoristique puisque chaque petit détail prend alors une tournure inattendue, parfois cruelle et souvent cynique, qui n’est pas sans rappeler “Les Liaisons Dangereuses” de Choderlos de Laclos et sa lettre 48 aux savoureux doubles-sens.

Image

A travers une mise en scène absolument sublime se dessinent les motifs récurrents qui font la force et la mythologie du cinéma de Park Chan-wook : les rapports humains entravés par les clivages politiques et sociaux (déjà dépeints par le cinéaste dans “JSA” qui traitait de l’amitié entre deux soldats de la Corée du Nord et la Corée du Sud), l’isolation de l’individu face à la société (Ryu, héros sourd-muet de “Sympathy for Mister Vengeance” ou l’aliénée Young-goon de “Je suis un cyborg”) et l’enfermement (on pense évidemment au pauvre Oh Dae-su d’”Old Boy”), l’érotisme (le plaisir d’infliger ou d’éprouver de la souffrance dans “3 extremes” et “Thirst” ou encore la tension sexuelle de “Stocker”), et évidemment la vengeance, la violence et la torture (... à peu près toute la filmographie de Park Chan-wook).

“The Handmaiden” est en ça un film parfaitement Parkien : une mise en scène élégante et hypnotisante, un esthétisme glaçant, une délicieuse cruauté, un scénario intelligent qui sait garder ses surprises tout en restant constamment sur le fil du rasoir, nous gardant en suspens, dans l'attente d'un inévitable dérapage…

 
 
 
"The Handmaiden" (Mademoiselle) de Park Chan-wook.  En salles à partir du 14 décembre 2016.
Retrouvez les précédents films de Park Chan-wook en VOD ou offrez-vous un voyage à travers l'Asie sur UniversCiné !