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"2 Days in Paris" de Julie Delpy

Au départ, des ingrédients puisés dans trois catégories : comédie romantique, film de voyage et parisianisme. Mais cela ne ressemble ni à When Harry met Sally, Voyage en Italie ou A bout de souffle. C’est que ce film contient aussi des crudités salaces et un émulsifiant autobiographique, le tout agrémenté d’actualité politique. Le résultat ? Bien assaisonné, aigre-doux, légèrement piquant, suffisamment nutritif sans être diététiquement ennuyeux. Rien de novateur, mais un moment agréable dans la comédie française, comme l’année passée Prête-moi ta main, et, chez les Américains, Woody Allen - avant qu’il ne se mette à tourner des drames anglais.

Justement, Woody Allen est très présent ici, avec Adam Goldberg dans le rôle du Juif new-yorkais angoissé, hypocondriaque et (à juste titre) jaloux. Face à lui, la Française Julie Delpy ( Marion ), charnelle, libérée, très américaine finalement, tendance girl next door, qui minore sa beauté derrière de grosses lunettes et un air faussement négligé. Faut-il le préciser, elle vit à Los Angeles depuis quinze ans… Les deux acteurs orientent leur personnage vers la caricature, infantiles et attachants comme des caractères de sitcom. De passage à Paris après un tour d’Europe, le couple se pose dans le studio de Marion, juste au-dessus de l’appartement de ses parents.   Pratique : avant Valeria Bruni-Tedeschi dans Actrices, Julie Delpy fait jouer sa propre famille, clin d’œil plaisant pour un public qui n’aime jamais tant la fiction que quand elle lorgne vers le documentaire. D’ailleurs, la réalisatrice entretient volontiers cette ambivalence entre fiction et auto-fiction, jouant sur ses propres problèmes relationnels dans le milieu arty parisien dont elle se moque gentiment, confrontant pays d’origine et pays d’adoption avec la légèreté d’une apatride. Méchant ? Mordant ? A petits coups, les dents agacent sans faire de mal, et les portes  enfoncées sont déjà grand ouvertes : Bush, le racisme, les fast-food, le tourisme sexuel, l’hygiène, la vanité de certains artistes – une revue de clichés abordés avec fraîcheur et ingénuité.

L‘incontestable parenté entre 2 days in Paris et Before Sunset, que Julie Delpy a également co-écrit, rappelle encore Woody Allen qui, dans Melinda et Melinda, entreprend de parler de la même femme sous l’angle du drame et de la comédie. Suivant cette polarisation, les deux films de Julie Delpy mettent en scène un couple mixte franco-américain avec, comme outils narratifs communs, une fausse spontanéité, une improvisation simulée, et l’ambition réelle d’interroger la relation amoureuse. Malheureusement, c’est là que les deux films se heurtent à leur limite : les clichés envahissent le discours. Que ce soit dans le déroulement théorique de Before Sunset ou dans la mise en situation touristique de 2 days, on ne dépasse jamais la surface, ce que reflètent ces couples, incapables de durer, qui confondent profondeur et complications psychologiques…

Restons-en à l’idée d’un agréable divertissement, ouvert sur la vie quotidienne, éclairage pittoresque sur des petits soucis qui ne sont peut-être pas les nôtres mais tellement plus sympathiques : la substitution des uns par les autres s’opère inconsciemment, on se retrouve le cœur plus léger. Que demander de plus ?

Catherine De Poortere (La Médiathèque)