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Anne Feuillère (Cinergie) - Entrevue: "Les Géants"

Ogre débonnaire et boulimique d’expériences artistiques, peintre, comédien, musicien à ses heures perdues, et surtout cinéaste, Bouli Lanners pourrait lui aussi faire figure d’archétype dans un conte… Entre le nouvel Astérix de Laurent Tirard et le prochain film de Jacques Audiard, quelques projets parsemés de « peut-être » avec les frères Malandrin, Fabrice du Welz, Solveig Anspach et « peut-être » (encore) le premier film de Clovis Cornillac, le comédien Bouli Lanners a de nombreux projets dans sa besace. Et quand sort en salle son troisième long métrage Les Géants, il est déjà à l’écriture de son prochain film… Un artiste aux multiples talents, donc, inlassablement travaillé par quelques obsessions cinématographiques… l’Amérique, l’errance, l’enfance …

Cinergie : Par quel désir t’est venue l’histoire des Géants ?

Bouli Lanners : D’une rencontre fortuite. Lors d’une de mes pérégrinations, je suis tombé sur un ado qui poussait sa mobylette en panne. Il m’a arrêté. Il voulait m’acheter à boire. Il était crevé, en sueur. Je lui ai dit « Mais tu vas où ? » Il avait encore 15 kms à faire. Je lui dis « Laisse la là, on va aller boire un verre, tu ne peux pas continuer comme ça. » Mais il ne voulait pas, il n’avait pas de cadenas. Elle était pourrie sa mob, mais ce n’était pas la sienne. J’ai passé un moment avec lui. J’étais touché par la fragilité extrême de ce gamin. Et puis deux, trois jours après, pouf, je tombe sur deux autres ados qui descendent en ville, je les vois la nuit à un feu rouge. Ils étaient perdus. Je leur demande où ils vont, s’ils sont d’ici. Ils me disent que non… Il y avait tout un mystère comme ça autour d’eux, ils étaient super fragiles aussi. Je me suis dit que j’allais faire un film avec des ados, avec cette fragilité, avec ce truc de confrontation à un monde un peu dur… Je ne savais pas quoi, mais j’avais cette volonté dès le départ de faire un film avec des ados.

C. : Et tu as coécrit le film avec ta compagne (Elisabeth Ancion) ?B.L. : Ma femme ! S’il te plait ! Ce n’est pas la bague de Saint-Nicolas, ça [Bouli montre son alliance] ! [À la caméra :] Tu peux faire un gros plan sur mon anneau, s’il te plait ? Ma femme a la même (rires). Mais elle a toujours collaboré à mon travail et puis ici, elle est passée à un rôle plus direct, l’écriture. On a toujours travaillé ensemble. Elle faisait déjà les costumes sur mes films, elle a été mon coach sur Eldorado, elle faisait aussi les retours de scénarios sur les autres films. Pour faire un long métrage, il faut partager avec ses proches, sinon, on rentre dans deux mondes différents et ensuite on ne se parle plus, on ne communique plus. Elle fait heureusement ce métier, elle est metteur en scène au théâtre, elle est costumière... Elle est donc la personne parfaite pour m’épauler et pour gérer aussi mes crises de peur, d’angoisses, qui accompagnent tout le processus d’un film, qui est long. Tu imagines si toute ma vie, j’angoisse d’un truc que je ne peux pas partager avec ma femme ? Ce n’est pas possible !

C. : Et comment avez-vous travaillé ensemble ? Coécrit cette histoire ?B.L. : Concrètement, j’écris et elle me relit, elle me donne des retours, on en discute, et puis je réécris, elle me donne des retours, on en rediscute… C’est comme ça que ça avance. Je prends toujours mal les choses quand elle me critique. J’aimerais bien qu’elle me dise que c’est bien, que c’est merveilleux, mais ce n’est pas le cas. Donc, c’est un vrai travail de critiques, d’autocritiques et de remises en questions.

C. : Et sur ce film, est-ce que tu t’es tenu au scénario ?B.L : Je m’étais dit qu’il fallait que le scénario soit plus précis que sur mes autres films parce que c’était avec des gamins. Mais au bout du compte, on est rentré dans le même processus qu’avec les autres. Il y a eu beaucoup de réécritures. Il n’y a pas vraiment de pans d’histoires qui sont tombés. Ils sont tombés juste avant le début du tournage. Par contre, il y a eu des reshoots, on a refait des scènes qui n’étaient pas écrites parce qu’il fallait ré-aiguiller un peu la narration en fonction de ce qui changeait au montage, de ce qui ne marchait pas. À chaque fois, j’essaie d’avoir un scénario parfait pour l’adapter à la lettre, mais il y a toujours de la réécriture.

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