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Critique : "Bye Bye Germany" de Sam Garbarski

Sam Garbarski aime varier les plaisirs. Après l’adaptation de la BD culte de Jiro Taniguchi (Quartier lointain), il part à New York tourner une comédie un peu folle à la Billy Wilder (Vijay and I), avant de revenir dans son pays natal, l’Allemagne, pour tourner cette adaptation libre du roman de Michel Bergmann ‘Die Teilacher’ (Le colporteur). Un sujet délicat puisqu’il s’agit de nous plonger au milieu d’un groupe de juifs allemands, juste à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. On commence par découvrir ces personnages qui ressortent de la machine nazie brisés dans leur corps et leur cœur, qui n’ont plus que ce qu’ils portent sur le dos. Ils n’ont qu’un rêve, ficher le camp pour rejoindre l’Amérique ou la Palestine, mais sans avoir la moindre idée de comment y arriver, sans argent.

Parmi eux, David Bermann. Tout aussi fauché que ses compagnons d’infortune, cet héritier d’une ex grande famille de commerçants en draps a réussi à se procurer un petit stock de linge de maison. Son idée : le vendre de porte à porte pour se faire un petit capital afin de quitter le pays. Son public ? Les ménages allemands. Sa technique ? Emouvoir à n’importe quel prix, par n’importe quel moyen. Avec une bande de bras cassés recrutés autour de lui, il part écumer le pays en inventant des histoires abracadabrantes pour écouler son stock au meilleur prix.Le film démarre donc comme une comédie picaresque à l’humour certes un peu gonflé – le sujet incite davantage à prendre des gants qu’à permettre l’humour transgressif - mais plutôt roboratif. La bande d’arnaqueurs au petit pied paraît finalement assez sympathique, et on s’attend à voir le film courir gentiment sur son erre quand, soudain, le ton change. Quelque chose ne va pas chez David. Pourquoi a-t-il deux passeports ? Pourquoi a-t-il besoin d’un prête-nom pour obtenir sa licence de commerce ? Quelles sont ses absences régulières qu’il ne veut pas expliquer ? On apprend assez vite qu’il fait l’objet d’une enquête. Il est interrogé par une femme major, juive allemande elle aussi, mais qui a fui le pays au début de l’aventure nazie, et aujourd’hui enquêtrice dans l’armée américaine. Dans quelles conditions est-il sorti des camps ? A-t-il collaboré avec les nazis ? Et sinon, jusqu’où est-il allé pour sauver sa peau ? En guise de réponse, il va servir à son interrogatrice une histoire aussi incroyable que celle qu’il utilise comme toile de fond à ses démarchages commerciaux.

L’ambiance devient immédiatement plus sombre, plus inquiétante. On plonge dans les souvenirs de l’holocauste, évoqués en longs flash-back en noir et blanc, alors qu’en parallèle se poursuit toujours l’histoire picaresque de la vente du linge. Mais chez les collègues de David aussi, les souvenirs ressurgissent, et malgré la volonté de laisser au film une certaine légèreté, le spectateur prend conscience du poids terrible de cette époque de haine et de massacre qui n’a épargné personne et laisse des traces diverses : rage, colère, désir de vengeance, envie d’oubli, culpabilité diffuse d’être encore là quand tant d’autres sont morts,…

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