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Critique : "Duelles" d'Olivier Masset-Depasse

Jeu de dupes

D'un côté d’une somptueuse villa, vivent Céline, Damien et leur jeune enfant. De l’autre, Alice, Simon et le leur. Les deux couples sont amis et solidaires. Ils partagent le bonheur d’un quotidien lisse et sans histoire. Mais la perte d’un enfant va redistribuer les cartes autrement et la simple haie qui les séparait se révéler plus épineuse que prévu… Avec Duelles, Olivier Masset-Depasse confirme sa virtuosité.

Duelles

La Belgique n’en possède pas beaucoup des cinéastes capables de passer avec brio du mélodrame brutal (Cages) au film social (Illégal) pour signer ensuite un thriller fantastique baroque et glamour. Il faut dire qu’Olivier Masset-Depasse fait figure d’ovni dans le paysage cinématographique belge, un peu comme François Ozon dans le cinéma français, l’ironie en moins. Mais la plus grande différence entre les deux cinéastes réside probablement dans la productivité. Alors qu’Ozon parvient à tourner un film chaque année, Olivier Masset-Depasse n’en a signé que 3 en 10 ans ; et on le regrette infiniment, car des films comme Duelles, on aimerait en voir en salle plus souvent.Quel plaisir de cinéma !, c’est un peu ce que l’on ne peut s’empêcher de se dire presque à chaque plan de son dernier film. Et bien qu’il s’agisse là d’un thriller flamboyant qui pourrait facilement nous faire oublier le réel et nous emporter dans son histoire, la stylisation à outrance, la mise en scène soulignée à l’extrême nous empêchent de perdre de vue que nous sommes bien au cinéma... et c’est tant mieux ! 

Les pisse-froid et les bégueules, on les entend déjà, trouveront bien sûr à redire à ces effets de style et ces excès,... après tout, ce seront sans doute les mêmes qui reprochent à Xavier Dolan de faire son malin. Et il est vrai qu’Olivier Masset-Depasse n’est pas du genre à verser dans la demi-mesure et signe là un film de genre à la De Palma avec un goût postmoderne de la citation, qui fait de son Duelles un mille-feuille cinéphilique des plus jouissifs.Adapté d’un roman de l’écrivain belge Barbara Abel (Derrière la haine), le film nous plonge dans une enquête mentale où l’on perd totalement pied. Filmée en trompe l’œil, la réalité est approchée comme une surface mouvante qui ne cesse de se dérober, une succession de certitudes qui tombent les unes après les autres, une accumulation de faux-semblants produisant un terrible jeu de dupes.

À l’image de ce célèbre incipit de À la recherche du temps perdu de Proust qui parvient à contenir l’essence des 4215 pages à venir, la première scène du film contient à elle seule toute la mécanique imparable qui sera mise en place jusqu’au bout : à savoir premièrement, la réalité n’est jamais celle que l’on croit être, et deuxièmement rien de ce qui arrive ne peut être anticipé.

 

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