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Critique : "Gaspard va au mariage" de Antony Cordier

L’ombre de Wes Anderson plane sur le troisième film d’Antony Cordier (Douches Froides,Happy Few), cinéaste de la normalité en train de se lézarder : famille dysfonctionnelle,personnages tragi-comiques, relation frère-soeur quasi-incestueuse, désirs confus, goût prononcé pour l’absurde et les images colorées… Mais bien plus qu’un vulgaire succédané de La Famille Tenenbaum, Gaspard va au Mariage réussit à trouver ce subtil équilibre entre différents genres, autant drame familial aux accents freudiens que conte de fée décalé.

Après s’être éloigné de sa famille pour aller perdre son temps et gâcher son talent à Paris, le fils préféré, Gaspard (Félix Moati), rentre au bercail pour assister au remariage de son père (Johan Heldenbergh, accent flamand inclus). Il retrouve son frère aîné (Guillaume Gouix) et sa soeur cadette (Christa Théret) qui ont géré le zoo familial en son absence, un véritable paradis perdu, métaphore des troubles qui secouent les membres d’une tribu de farfelus en train de sombrer peu à peu dans le chaos. En chemin, Gaspard rencontre Laura (Laetitia Dosch), jeune femme un peu paumée à qui il propose, pour surmonter son appréhension, de se faire passer pour sa copine jusqu’au mariage. Laura va faire la connaissance de personnages attachants et excentriques, atteints du syndrome de Peter Pan, tentant tant bien que mal de faire le deuil de leur défunte mère et épouse (Elodie Bouchez en flashbacks) disparue dans des circonstances plus ou moins horrifiques selon la personne qui les relate… 

Il faut chercher dans l’enfance les causes des traumatismes, frustrations et pulsions sexuelles non-assouvies qui se manifestent à l’âge adulte. La famille de Gaspard est l’illustration parfaite de ce précepte freudien, ayant tous grandi dans une certaine promiscuité et ayant du mal à faire le tri dans leurs désirs. Max, le père indigne, est un incorrigible don Juan qui sabote son futur mariage en folâtrant à gauche et à droite. Il passe son temps à se baigner dans un aquarium rempli de minuscules poissons / sangsues pour se laver de ses défauts, sans trop se soucier des sentiments de Peggy (Marina Foïs), la vétérinaire qui a accepté de l’épouser. Plus terrien, Virgil, le frère aîné, cache difficilement sa colère et sa jalousie vis-à-vis de Gaspard. Coline, la benjamine, erre dans les allées du parc et dans la forêt, vêtue d’une peau d’ours. Elle dort dans un arbre, mange des racines et ne se lave plus. Comme Peau d’âne, elle dissimule sa beauté terrassante sous une dépouille puante afin de se rendre indésirable aux yeux de son frère. Un moyen comme un autre de lutter contre ce désir incestueux partagé.Jalouse, Coline prend directement Laura en grippe, allant jusqu’à l’enfermer dans la cage des grands rapaces pour la mettre à l’épreuve. En des teamps plus cléments, la fantaisie des personnages aurait été la bienvenue. Mais, le temps passant, cette douce folie les a rendus un peu tristes et pathétiques. Ou, dans le cas de Coline, asociale et démente. La fratrie estdésormais complètement disloquée et les non-dits (ou les grognements de Coline) ont remplacé toute forme de dialogue.

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