Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Critique : "Insyriated" de Philippe Van Leeuw

Nous plongeant dans un huis-clos à la fois oppressant et sensible, Philipe Van Leeuw parvient avec Insyriated à transcrire l'universalité de tout conflit armé. Après nous avoir confrontés à la réalité du génocide rwandais (Le jour où Dieu est parti en voyage, 2009), le cinéaste transcende littéralement le quotidien d'une famille syrienne tandis que l'absurdité de la guerre fait rage. Il signe un film aussi perturbant que majestueux qui ne peut qu'éveiller le spectateur à sa propre humanité (que d'aucuns qualifieraient de conscience). Un huis-clos étourdissant.

Insyriated

 

Avant de nous confiner à l'intérieur d'un appartement, le cinéaste ancre en une scène le contexte où il se situe. Dans la cour d'un quartier résidentiel, une certaine quiétude est mise à mal par des tirs de snippers. L'agitation prend le dessus puis laisse place au silence. Nous quittons cet espace pour découvrir un appartement derrière la fenêtre duquel se tient un homme. En un regard, Philippe Van Leeuw nous glace le sang et nous hypnotise tout à la fois. En un regard, il nous ouvre les portes de l'intimité d'un homme dont le visage et le corps fatigués, marqués par le temps et par la vie, expriment déjà l'indicible.

Nous confrontant d'abord à cet homme, le réalisateur esquisse un mouvement circulaire qui se dessine comme l'invitation à pénétrer un espace qui se révèle rapidement être un décor surréaliste face à la réalité extérieure ; un décor préservé autant que chéri, un lieu de vie aujourd'hui espace de survivance. En un mouvement, Philipe Van Leeuw nous plonge dans l'intimité d'une famille et nous place au cœur d'un troublant théâtre dont il impressionne la réalité à mesure que les personnages entrent en scène gommant, grâce à l'épure de son approche, toute notion de représentation.

Il nous rend d'abord complices d'un couple de jeunes parents. Témoins de leur amour, nous découvrons leurs craintes comme leur aspiration à s'enfuir pour Beyrouth, tout en mesurant le danger auquel ils doivent faire face. Un danger qui pèse lourdement sur eux – comme sur tous – et dont Delhani (Juliette Navis), la bonne, prend particulièrement conscience en découvrant que l'étudiant est pris pour cible par les snippers et tombe au sol. Comment réagir ? Oum Yazan (foudroyante Hiam Abbas) impose le silence. Rien n'est envisageable tant qu'il fait jour. Nous sommes dans son appartement, et elle impose la règle de faire comme si la guerre n'avait pas cours. Un combat, riche de ses paradoxes, qui se traduit dans une forme de ritualité pourtant sans cesse mise à mal. Cet appartement, c'est toute sa vie. Au cœur de celui-ci, elle est persuadée que ses enfants sont à l’abri. Mais s'ils ont tenu jusque-là, est-ce encore possible ? Rien n'est moins sûr…

(...)

 

> Lire la suite sur le site de Cinergie

► Voir le film sur UniversCiné