Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Critique : "Noces" de Stephan Streker

« L'histoire s'inspire librement de faits réels. » Cette histoire est celle de Zahira, une jeune belgo-pakistanaise, amoureuse de la vie et de sa liberté. Complice de son grand frère Amir, elle est divisée entre les traditions culturelles et sa soif d'indépendance. Un paradoxe que sa meilleure amie ne peut pas comprendre et qui, bientôt, la place dans une situation sans retour : un mariage traditionnel qui sauverait l'honneur de la famille. Cette histoire, contée par Stephan Streker, est une foudroyante tragédie contemporaine. Un voyage sans retour.

D'entrée de jeu le réalisateur nous confronte à la protagoniste dont nous percevons la voix – Est-ce qu'il a une âme ? – avant d'en voir le visage. Le temps d'un plan séquence fixe, frontal, Stephan Streker observe le désarroi d'une jeune femme qui dialogue avec une gynécologue en vue de mettre en place un avortement. Ses questions trahissent son trouble tandis que les réponses, cliniques, témoignent de la neutralité de l'intervenante qui, comme nous, demeure hors-champs. L'échange se clôt sur les mots durs de Zahira : « Moi, je trouve ça grave ».Témoins de sa confusion, nous découvrons son quotidien, nourri d'une pleine effervescence familiale, avant de devenir ses complices. Fait-elle croire qu'elle pose la décision d'une IVG que, dès lors qu'elle perçoit l'embryon comme un enfant pakistanais et musulman, nous savons qu'elle répond à sa passion. Fort de nous fondre au ressenti de Zahira, le réalisateur expose l'ensemble des points de vue afin de, parallèlement, nous confronter au regard des parents de la protagoniste comme à celui de son frère.

À l'image d'une tragédie classique, Stephan Streker construit son scénario en tableaux, enchaînant les actes et les mouvements tout en nous invitant à mettre en perspective toute lecture hâtive des intentions des différents intervenants au fil de leurs interactions et de leurs dialogues (soient-ils de sourds). Il tend à un juste équilibre entre les personnages et leurs intentions en ne les critiquant pas et en nous offrant cette position ultime de juge. Si quelques notes romanesques brisent la radicalité de la prime épure dramatique, elles offrent à Zahira quelques respirations et permettent au réalisateur de souligner la difficulté qui existe à répondre aux logiques inverses d'une culture individuelle (voire individualiste) et d'une culturelle traditionnelle.

 

(...)

> Lire la suite sur le site de Cinergie

► Voir le film sur UniversCiné