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Critique : "Parasol" (Juliette Borel, Cinergie)

Après plusieurs courts-métrages remportant la faveur des jurys en festival et un moyen-métrage, Valéry Rosier, réalisateur de fictions et documentaires, a présenté cette année au FIFF Parasol, son premier long-métrage. À Majorque, trois personnages dérivent au gré de leur solitude sans jamais se croiser. Alfie, jeune garçon au sortir de l’adolescence se cherche amis et amour de vacances. Pere, père célibataire, tente d’établir le lien avec sa fillette malgré les quelques jours restreints de la garde alternée et un travail accaparant. Annie est une septuagénaire partie pour retrouver un homme rencontré sur Internet et se faisant piégée dans un voyage organisé. Très (trop) entourés, Alfie est coincé entre ses parents au camping et Annie étouffe sous les propositions d’activités de groupe pour les seniors. Ils fuient à leur façon. Pour eux, les autres ne sont pas l’Autre, et la destination lointaine n’est pas un refuge.

Parasol

Chez Valéry Rosier, le pluriel se conjugue souvent au singulier : si les préoccupations des personnages sont différentes (en fonction des âges, du maillon occupé dans le schéma familial), leurs trajectoires évoluent en parallèle, leur progression est symétrique. La somme de ces trois générations dresse le portrait d’un isolement qui semble, par addition, une condition presque « inhérente à l’homme d’aujourd’hui ». Clé de l’évasion, les congés payés offrent l’opportunité de sortir du quotidien. Pour pallier à la solitude, les lieux d’agglutinement de masse sont les pôles d’attraction estivale. Mais la routine interrompue, confrontée au farniente ou au travail saisonnier, chacun prend alors plus encore la mesure de sa détresse. L’île de Palma, lieu de désœuvrement touristique, théâtre idéal pour ce blues désenchanté, s’est rapidement imposée au réalisateur. « La manière dont on cherche à tout prix à remplir nos vacances n’est-elle pas révélatrice d’une certaine vacuité de nos vies ? (…) Comment l’acte de partir ailleurs est une fuite impossible d’un enfermement dans un monde clos ». Ici, les personnages essaient de dépasser leur aliénation, font céder leurs carcans. Le regard posé sur leur fragilité et sur leur tentative de « mouvement » est tendre. Ils essaient, semblent y parvenir, mais leur vulnérabilité entraîne avec elle son lot d’aléas et de complications. L’envolée est belle et émouvante… la chute n’en est que plus brutale. La violence subie l’est parfois au sens propre : Alfie se fait même passer à tabac. Regard tendre donc, mais non sans âpreté…

Le film se construit tout en rupture : rupture de ton et de rythme. Le temps se dilate à l’intérieur des plans, une poétique de l’ennui affleure… Mais le montage syncope le tout, crée collisions et courts circuits. Aux cris des Anglais déchaînés et agressifs succède le calme de la mise au lit de l’enfant. L’hystérie cède au paisible, sans transition. Le montage parallèle entremêle ces vies qui jamais ne s’aperçoivent, le constat est tout en contraste. Sous l’anecdotique se dévoile le sérieux, et l’humour se loge dans ce décalage entre le léger et le grave. Comique de répétition, de situations, ou de gestes, les figures de Tati et Keaton planent sur ses personnages discrets, parlant peu, aux physiques hors du moule (grands ou petits, maigres ou gros), peinant à se défaire de leur transparence et à interagir avec le monde qui les entoure. Leurs corps composent comme ils peuvent, inventent et usent des objets de façon incongrue et savoureuse. Ainsi, le parasol envolé et planté dans un pin sert de prétexte à une rencontre insolite et déterminante qui permet à Annie un pole dance à peine visible et évocateur au bord de la piscine. Sous le gag, la vie fait sens.

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