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Critique : "Paris Pieds Nus" de Fiona Gordon & Dominique Abel

Fiona (Fiona Gordon), une bibliothécaire canadienne, débarque à Paris pour venir en aide à sa vieille tante Martha (Emmanuelle Riva), menacée de devoir quitter son grand appartement pour être relogée en maison de repos. Maladroite, Fiona, qui a toujours rêvé de voir Paris, s’égare dans la grande ville et perd son sac à dos contenant tout son argent et ses papiers d’identité. Par-dessus le marché, Martha semble s’être volatilisée… C'est le début d'une course-poursuite dans Paris à la recherche de la vieille dame, à laquelle s’invite Dom (Dominique Abel), un SDF romantique, aussi séducteur que collant. Paris Pieds Nus raconte le destin chahuté de ces trois drôles de personnages qui se ratent sans cesse.

Paris pieds nus

Voilà pour la trame hautement fantaisiste du quatrième long-métrage du duo doux-dingue composé du belge Dominique Abel et de la canadienne Fiona Gordon, après L’Iceberg (2005), Rumba (2008) et La Fée (2011). Formant un couple à la ville comme à l’écran, ces éternels grands enfants pratiquent un cinéma burlesque, désuet et résolument vieux-jeu, qui a souvent valu à leurs films d’être comparés à ceux de Jacques Tati, mais aussi aux grands classiques du cinéma muet, leurs modèles ayant pour noms Buster Keaton, Max Linder et Charles Chaplin… On retrouve dans leur cinéma une inventivité folle dans la création de tableaux comiques et absurdes, dans lesquels leurs physiques dégingandés sont mis en valeur bien plus que la parole, secondaire. Depuis leurs débuts sur scène (avec divers spectacles intitulés La Danse des Poules ou Histoire Sans Gravité) et dans trois excellents courts métrages (Merci Cupidon en 1994, Rosita en 1997 et Walking On the Wild Side en 2000), le duo développe un comique intemporel, un peu comme le faisait Pierre Richard (ici invité vedette) au début des années 70 (notamment dans Le Distrait) et Pee Wee Herman dans les années 80 avec Pee Wee’s Big Adventure. Outre un amour commun pour la danse, l’art du duo se repose sur leurs physiques improbables de laissés-pour-compte gentiment marginaux : Dom est un pierrot lunaire mal-peigné, égoïste et sans-gêne mais résolument romantique, qui tombe immanquablement amoureux de Fiona, une vieille fille au physique ingrat, célibataire, distraite et rêveuse mais dont le grand cœur rend la maladresse touchante.

Faisant fi de toutes les modes, Paris Pieds Nus s’inscrit dans la droite lignée de leurs précédents longs-métrages, notamment grâce à l’utilisation de décors en carton-pâte (pour pallier le manque de budget et figurer les paysages canadiens, trop onéreux) à la manière du récent The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson. Chez Abel et Gordon, le cadre reste fixe et les plans sont d’une précision d’horloger : les entrées et les sorties du cadre, les mouvements des corps, les surprises en arrière-plan : tout est réglé comme sur du papier à musique et émaillé de gags hilarants ! Le film est l’occasion de nous faire découvrir l’envers de décors connus de la capitale française, à commencer par les coulisses du cimetière du Père-Lachaise et le sommet de la Tour Eiffel, propice à quelques dangereuses cascades effectuées (pour de faux) par l’octogénaire Emmanuelle Riva ! Parmi les quelques moments d’anthologie, citons une course-poursuite entre un piéton et un bateau, une danse enflammée sur une péniche, un éloge funèbre qui se transforme en chapelet d’insultes, sans oublier un très bel hommage à la danse des petits pains de La Ruée vers l’Or (de Chaplin), réinventée par les anciens amants incarnés par Emmanuelle Riva et Pierre Richard, un prestigieux duo de stars inédit au cinéma !

 

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