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Critique : "Un ange" de Koen Mortier

Publié en 2011 en Flandre, le roman Monoloog van iemand die het gewoon werd tegen zichzelf te praten (Monologue d'une personne habituée à se parler à elle-même), de Dimitri Verhulst, racontait, en modifiant les noms des personnages, la tragédie du coureur cycliste Frank Vandenbroucke. L’enfant terrible du cyclisme belge, dont la carrière fut ponctuée par plusieurs tentatives de suicide, souffrait d’un terrible mal de vivre et d’une nature autodestructrice qui finirent par l’emporter en 2009. On s’en souvient, le champion fut retrouvé mort au Sénégal, dans la chambre d’une prostituée, dans des circonstances toujours non-élucidée. Le roman imaginait ses dernières heures et puisait son originalité en adoptant, de la première à la dernière page, le seul point de vue de la jeune prostituée en question, la « Gazelle » comme on les appelle là-bas.

Un ange

Un Ange s’inspire en grande partie du roman et de la vie de Vandenbroucke, même si Koen Mortier a délibérément choisi un acteur qui ne lui ressemble pas. Pour son troisième long-métrage, le réalisateur d’Ex-Drummer et de 22 Mei décrit la fuite en avant de « Thierry », cycliste mondialement connu. Après une sévère chute lors d’une course, ce dernier décide, pour se changer les idées, d’aller s’éclater au Sénégal pour danser au son des tam-tams et prendre des bains de minuit à poil sur lune… Il tombe raide dingue amoureux de Fae, « Gazelle » d’une beauté saisissante qui, de son côté, satisfait les demandes de touristes de passage qui lui font régulièrement miroiter des demandes en mariage foireuses. Tous deux exercent une profession qu’ils détestent et se donnent corps et âme afin de plaire à leurs fans ou à leurs clients. Entre les deux âmes en peine naît immédiatement un amour fou, aussi fugace qu’intense. Lors de leur union d’un jour, Thierry et Fae trouvent une compréhension mutuelle ainsi que la dignité et l'espoir de se libérer de leurs pénibles situations respectives. Leur relation sonne donc comme un refuge, une délivrance. Jusqu'au moment où Thierry, sous l'influence d’une ultime prise de drogue, commence à se comporter bizarrement et disparaît. Le lendemain, quand Fae apprend que Thierry est décédé, elle est arrêtée malgré son innocence et conduite au commissariat pour s’expliquer.

Prenant volontairement ses distances avec les détails de la mort de Vandenbroucke, Koen Mortier se concentre avant tout sur l’intensité de l’histoire d’amour. Ainsi, malgré la conclusion tragique, Un Ange contient quelques scènes purement romantiques. Certes, l’addiction de Thierry apportera la discorde, l’incompréhension et finira par tout gâcher. Mais les amants maudits sont présentés comme deux âmes bienveillantes. Le jour, Fae est une jeune femme lumineuse, intelligente et forte, qui aime rire et s’amuser, très éloignée des clichés de la prostituée au cinéma. Le réalisateur nous la décrit sans le moindre misérabilisme. La personnalité de Thierry est plus problématique : derrière son mal-être, ses frustrations et son arrogance d’Européen en villégiature en terre africaine (il humilie gratuitement le serveur d’un restaurant parce que son hamburger « pue »), Thierry n’est rien d’autre qu’un authentique petit garçon déçu de l’existence, jamais satisfait, vulnérable, trop émotif... et en fin de compte inoffensif si ce n’est envers lui-même. À l’instar du héros d’Ex-Drummer, premier film du réalisateur, Thierry est un personnage qui fuit sa propre vie sans savoir où il va. Ce qui sépare les deux amants est leur rapport respectif à l’espoir : Fae survit grâce à cette notion, tandis que Thierry dépérit parce que tout espoir l’a quitté. Même après avoir impulsivement demandé à sa belle de l’épouser, ultime geste d’espoir s’il en est, il se réfugie à nouveau dans la drogue. Comme s’il avait peur de croire en la possibilité de leur bonheur, comme si ces merveilleuses dernières heures n’étaient pour lui qu’une illusion.

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