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La musique au cinéma

Pour faire écho à la programmation des BOZAR qui propose régulièrement des séances mises en musique par le Brussels Philharmonic, nous nous sommes penchés sur le rôle de la musique au cinéma... Vaste sujet, condensé ici par nos soins.

Depuis la nuit des temps, dans un royaume fort lointain... Oui, bon, attendez. Depuis la création du cinéma (c’est mieux), la musique joue un rôle prépondérant dans le processus cinématographique. Véritable potard de l’intensité, elle souligne ou emporte, marque par son synchronisme ou son contraste ; dans tous les cas elle nous accompagne tout du long, remplie de signaux contextuels implicites. Dès les premiers films muets, c’est au piano que la bande-son était délivrée. On a tous vu un Chaplin esquisser quelques pas sur un air de piano (à peine rococo) ou entendu les cordes à moitié baroque et à moitié apocalyptique de “Metropolis”.

"A Single Man" de Tom Ford, avec une bande-originale signée Abel Korzeniowski

Les techniques de production évoluent et avec elles le caractère extrêmement symboliques des bandes-son ; “King Kong”, “James Bond”, “Star Wars”. On ne peut plus dissocier les images du son, ni l’inverse, ils ne forment plus qu’une unique cellule, un nouveau canal au potentiel incroyable. Il y a alors ces surproductions qui poussent le vice jusqu’à utiliser une Canadienne sirupeuse et vêtue de tentures pour tirer la toute dernière larmichette de nos glandes lacrymales déjà bien asséchées et en contrepartie de cette première mouvance vient l’instrumental d’ambiance. Avec des cinéastes comme Hitchcock, la musique n’est plus là pour séduire les oreilles et faciliter la digestion mais bien là comme un contenu supplémentaire, une valeur ajoutée à l’image. Les violons stridents, les ongles qui raclent le parquet, les percussions mystiques et troubles ; “Psychose” sans musique devient aussi effrayant que le dernier film de Franklin la Tortue (dans notre catalogue !).

"Valse avec Bachir" d'Ari Folman, sur une musique de Max Richter

Très vite, deux méthodes se sont imposées pour la création de la bande-son. Premièrement, les bandes-son originales, créées sur-mesure pour le film par un compositeur en étroit travail avec le réalisateur. Hans Zimmer, Clint Mansell, Alexandre Desplat, Joe Hisaishi ne nous sont pas inconnus ; leurs réalisations ont donné naissance à des films cultes dont la musique restera à jamais dans les annales.

"21 Grammes" et son incroyable B.O. de Gustavo Santaolalla

 

Deuxièmement, les bandes-son constituées : une sélection de singles produits à la base pour l’industrie musicale. De prime abord, on peut se dire que la première méthode semble plus appropriée, plus honnête. Puis on regarde “Into The Wild” et salut Eddie Vedder et ses millions de frissons. Ou “Fight Club” et oh ! les Dust Brothers, tu la sens l’intensité ? Plus récemment dans “La Piel que Habito”, l’immense Almodovar, qui a le bon goût de faire cohabiter Trentemoller et Chris Garneau.

"Control" d'Anton Corbijn, qui choisit (évidemment) Joy Division et New Order pour accompagner ses images.

 

Pourtant le phénomène est traître. Qui peut clamer qu’à chaque film visionné il sait à la fin si la bande-son était phénoménale ou non ? Parce que la fusion des médias en un seul offre une assimilation qui n’en permet pas la division de façon évidente. Alors, on se demande évidemment : a-t-on zappé la bande-son tant la symbiose était bonne ? L’a-t-on remarquée uniquement parce que le film n’était pas très captivant ? Au final qu’est-ce qu’une bonne soundtrack ? Il n’y en a pas. Le ton est aussi juste avec Tubular Bells d’Oldfield qu’Air dans “Virgin Suicides” ou (même) Kavinsky dans “Drive”.

 

"The Wrestler" : Clint Mansell aux commandes, avec Bruce Springsteen, Guns N'Roses, Quiet Riot, Ratt...

 

Nous avons sélectionné nos bandes-originales préférées dans la colonne de droite. Et vous, quelles sont vos B.O. cultes ?

 

 

 

(Matthieu Marchal)