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"Mains-d'oeuvre" de Vincent Detours & Dominique Henry

"Les trains affluent sans interruption à la gare Victoria de Bombay. Parmi la foule qui se répand sur les quais se trouvent des ouvriers, des employés de bureau, des mendiants, des livreurs chargés de légumes, de ballots d’étoffes, de réchauds à gaz, etc. Tous connaissent leur chemin. Une petite minorité, peut-être mille par jour, sont abasourdis par ce foisonnement humain. Ils font partie des nouveaux venus qui quotidiennement se fondent aux 18 millions d’âmes que compte la ville."

"Beaucoup viennent du Bihâr et de l’Uttar Pradesh, deux états agricoles du nord du pays rendus invivables —au sens le plus élémentaire du terme — par une situation économique désastreuse. Nombreux sont ceux dont la journée commence sur les nakas de Bombay. Naka, qui signifie littéralement croisement, désigne dans le langage courant un marché de l’emploi informel, dans la rue, sur lequel les entrepreneurs viennent acheter la main-d’oeuvre dont ils ont besoin pour la journée. Le naka est l’idéal de compétition et de flexibilité poussée à l’extrême. Ce tableau évoque l’Angleterre de Dickens, pourtant ça se passe aujourd’hui en Inde et ailleurs, et ça passera peut-être demain en Europe. Nous constatons que l’ouverture des marchés mondiaux induit une concurrence sur les salaires qui partout tire vers le bas les conditions de travail. Certains économistes considèrent la compétition comme une loi naturelle inévitable. Nous constatons que des nakas apparaissent ici, par exemple Boulevard Foret D’Housthulst, 1000 Bruxelles. L’emploi illégal est légion dans le sud agricole espagnol, dans la confection parisienne, ou encore aux Etats-unis avec la main-d’oeuvre sud-américaine. Notre société, par un retour en arrière lent et progressif, commence à ressembler à l’Inde. Il n’y a pourtant aucune fatalité : les luttes sociales de nos aînés et la structuration du monde du travail ont apporté des progrès comme la journée de 8 heures et la sécurité sociale. Nos rencontres avec les ouvriers des nakas laissaient toute une série de questions sans réponse : pourquoi les ouvriers émigrent-ils essentiellement du Bihâr, de l’Uttar Pradesh et pas d’autres états ? Dans un pays comme l’Inde, une possibilité de progrès social est-elle envisageable ? Existe-t-il un salaire minimum ? Une législation du travail ? Des syndicats ?... Nous avons décidé de rencontrer les assistants sociaux de Nirman, laseule organisation qui s’occupe des ouvriers migrants à Bombay. En réponses à nos questions, nous découvrions qu’en dépit d’une logique concurrentielle apparemment implacable, il existait des moyens d’action sociale, modestes mais réels, même si les assistants sociaux indiens rencontraient des difficultés dans l’approche des ouvriers. Aujourd’hui, des années de travail leur ont permis de développer des stratégies pour se faire comprendre des ouvriers migrants et gagner leur confiance. L’une d’elles est de combiner le travail social au travail sur la santé et notamment sur le SIDA. Le film dépasse le constat des situations humainement difficiles rencontrées par les migrants en montrant ceux qui contribuent à changer les choses."

Vincent Detours & Dominique Henry

Extrait du site internet des réalisateurs (www.detourshenry.eu/fr/maindoeuvre.html)