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"Miss Montigny" de Miel van Hoogenbemt

À Montigny (cité fictive, jumelle de Montignies-sur-Sambre, aujourd’hui administrativement rattachée à la métropole carolo), Sandrine (Sophie Quinton), pas tout à fait 20 printemps, tente vaille que vaille de penser à son avenir. Apprentie vendeuse de fromages à mi-temps le jour et manucure en dilettante en soirée, elle nourrit le vague dessein d’ouvrir un salon de soins en compagnie de son amie Gianna. Fille unique (?) d’un couple rongé par la routine, l’ennui et durement éprouvé par l’absence de perspectives socio-économiques (le père, joué par l’acteur flamand Johan Leysen, est au chômage et la mère, campée par une habituée des films de Robert Guédiguian, la Française Ariane Ascaride, fait des ménages), elle hésite à suivre son petit copain qui part pour la capitale.

C’est que, poussée dans le dos par une très envahissante maman qui reporte sur elle ses propres rêves étiolés de réussite sociale et qui s’est engagée financièrement dans l’acquisition d’une boucherie désaffectée sans la prévenir, Sandrine se doit de rapidement trouver un moyen qui la rende crédible aux yeux des banquiers et qui assure une assise concrète et durable à ses projets de centre esthétique.Après quelques menues hésitations, elle s’inscrit à l’élection locale de Miss Montigny, mais loin de tendre vers un mieux, les événements glissent de mal en pis. Au cours d’une soirée de présélection, elle tombe sur son père dans les bras de la mère de sa meilleure amie Gianna, qui elle-même, finit par la laisser en plan pour filer le grand amour alors que les travaux sont entamés (P.S. : elle est enceinte).

Tiraillée entre les nécessités du concours - faire sa pub lors d’un match du club de foot local, adopter le déambulé cintré d’une miss - et les inclinaisons de son cœur - déménager auprès de son homme à Bruxelles, ne pas décevoir et/ou dire la vérité à sa mère - elle se retrouve finalement à la case départ suite à son éviction de la compétition pour avoir menti sur ses mensurations. Mais Sandrine trouvera en elle les ressources suffisantes pour faire fi d’une légère entorse à sa morale perso (elle recourt à une petite intervention de chirurgie esthétique) et se repositionner dans la course à des fins nettement plus altruistes que celles de devenir une très éphémère reine de beauté…

Tourné au cœur du Pays Noir par un cinéaste néerlandophone, Miel van Hoogenbemt (dernière production : Pas sérieux s’abstenir) venu du documentaire, avec des acteurs principaux français (Quinton, Ascaride) et seconds rôles belges, Miss Montigny évite l’écueil d’une coproduction européenne touchant au consensus mou par abus de chromos régionaux généreusement instillés. Un petit clin d’œil aux frères Dardenne (le déménagement coup de force du petit ami) et quelques extérieurs choisis avec soin (le promontoire sur la Sambre en aval d’une aciérie en activité) trahissent la fibre documentariste d’un réalisateur qui se défie autant du défilé de gueules cassées à la sauce wallonne (avec accents plus vrais que nature) que de filmer la énième variation de la fable mille fois ressassée de la jeune fille qui rêve d’échapper à un destin surdéterminé. Si l’humour (le présentateur-chanteur fan de Pretty Woman) et la fantaisie (le tour de chant des miss) ont leur place, le socle du film reposant sur l’opposition entre le jeu tout en retenue de Quinton et la généreuse exubérance d’Ascaride est aisément transposable à n’importe quel autre contexte social ou latitude géographique.

Au final, un film familial, bien plus léger qu’il n’y paraît.

Yannick Hustache (La Médiathèque)