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Que peut donner une société sans amour ?

Faute d'amour d'Andreï Zviaguintsev, une coproduction belge signée Les Films du Fleuve, a remporté le prix du jury à Cannes en 2017 et est actuellement en compétition pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars, aux César ainsi qu'aux BAFTA.  

Loveless

Dans son cinquième long-métrage intitulé Faute d’amour, le réalisateur Andreï Zviaguintsev d’origine sibérienne dresse, à travers un conflit familial, le portrait de la société russe contemporaine. En instance de divorce, ni Boris ni Genia ne souhaite avoir la garde de leur enfant qui devient à leurs yeux un être invisible. Ils délaissent leur fils unique, Aliocha, afin que chacun puisse entamer une nouvelle vie. Face à leur égoïsme et à leur manque d’amour, disparaître sera pour l’enfant le seul moyen d’exister.

Andreï Zviaguintsev a toujours aimé se focaliser sur la cellule familiale. Il s’agit pour lui d’un lieu unique qui permet d’observer au mieux l’être humain en ce qu’il a de plus profond. C’est au sein du foyer que les personnes dévoilent leur véritable nature. C’est là, que les masques tombent et permettent d’identifier des rapports souvent effroyables.

Dans l’ensemble de son œuvre, la nature constitue un témoin silencieux. Elle nous interpelle et nous envoie un mystérieux appel. L’homme fait face à l’immensité de celle-ci et son isolement est accentué par la pureté esthétique des cadres. L’émerveillement que suscite la puissance de la nature nous renseigne sur la complexité d’un réel qui nous dépasse.

Dans ses deux premièrs films Le retour et Le bannissement, Andreï Zviaguintsev avait délibérément retiré tout repère temporel et géographique ce qui permettait une lecture plus métaphysique. A partir de son film Elena, le cinéaste sera plus préoccupé par les problèmes sociétaux de la Russie actuelle. Il fera le constat d’une nature humaine qui change désespérément démontrant ainsi que l’homme devient un obstacle au développement de l’autre.

L’œuvre cinématographique d’Andreï Zviaguintsev nous donne à voir et à penser. Il refuse un cinéma de louanges mais souhaite lancer un signal au spectateur. Le cinéaste prétend que rien ne sert de raconter des histoires sirupeuses et idéalistes qui nous confortent dans les illusions que nous entretenons sur notre propre compte. L’individu a une grande facilité à parler de l’état alarmant de la société et en a beaucoup moins lorsqu’il s’agit du sien. Il désire créer une vision qui stimule l’intelligence de l’âme à construire un monde meilleur. Selon lui, on ne peut capter l’attention du spectateur qu’en lui disant la vérité telle qu’on la connait et telle qu’on la voit, même si elle est cruelle et terrifiante. Andreï Zviaguintsev nous pose des questions sans suggérer de réponses… C’est à chacun de les trouver en soi.

 

Par Nina Degraeve